L’association les petits débrouillards Grand Ouest propose un dispositif de formation et d’accompagnement vers l’emploi intitulé Tremplin Numérique. Réalisé en partenariat avec l’IMT Atlantique et soutenu par la Région Bretagne, Pôle Emploi et le contrat de ville de Brest, il se déroule pour la troisième année consécutive. Retours sur ce parcours d’apprentissage innovant avec Hélène Bréard, directrice des petits débrouillards Grand Ouest et Pierre-Yves Le Du, formateur Tremplin Numérique à l’antenne de Rennes.

Comment a émergé le programme Tremplin Numérique ?

Hélène : Le début de l’histoire remonte à l’ouverture à Brest du fablab les Fabriques du Ponant. On a souhaité accueillir des jeunes en service civique en difficulté, pour les aider dans leur parcours d’insertion, en prenant appui sur le fablab. Ça a donné le projet First. Nous avons eu l’envie d’aller plus loin et avons construit en partenariat avec l’IMT Atlantique une formation qui s’appelait “Passeport Numérique”, soutenue par la Région Bretagne, l’État, le contrat de ville de Brest et le CD29. Elle a très bien fonctionné et on a étendu le dispositif à Rennes, où l’IMT est présent, et à Rostrenen où il y avait un besoin fort de dispositifs de formation. C’est devenu le parcours Tremplin Numérique.

Sur quels constats le dispositif de formation a-t-il été construit ?

Hélène : Nous sommes partis de quatre constats principaux. Le premier concerne le public : il existe peu de formations au numérique ouvertes à des personnes peu ou pas qualifiées. Le deuxième porte sur le contenu : la majorité des formations sont spécialisées sur un volet du numérique mais très peu balaient l’ensemble de ses facettes. Le troisième est relatif aux durées des formations, qui sont le plus souvent courtes et peu adaptées à des personnes ayant besoin d’un temps long pour construire leur projet professionnel. Enfin, le dernier constat se rapporte directement au numérique, qui est vecteur d’insertion. Même si les personnes ne s’orientent pas, à l’issue de la formation, vers un domaine purement numérique, leur formation leur est utile : ne pas être à l’aise avec le numérique est un vrai souci quand on cherche à s’insérer professionnellement. Tremplin numérique est donc ouvert à tous les publics, sans pré-requis (hormis la maîtrise de la langue française) et permet de découvrir tous les aspects du numérique sur un temps long, pour bâtir un projet professionnel personnalisé.

Comment Tremplin Numérique s’intègre-t-il au projet associatif des petits débrouillards ?

Hélène : Tout d’abord, le numérique est un domaine que les petits débrouillards explorent depuis les années 80. L’éducation au numérique est un de nos trois axes thématiques. Ensuite, l’association est organisme de formation depuis longtemps, sur des formations courtes. Enfin, la pédagogie de Tremplin Numérique repose – comme pour nos autres actions – sur le “faire”, le mode projet, le travail en groupe, le renversement de posture. On y retrouve tout ce qui fait la pédagogie petits débrouillards, apprendre en expérimentant, en faisant.

Pierre-Yves : C’est aussi une attention particulière aux gens, il n’y a pas de clé en main, on s’adapte, on teste différents formats en fonction des personnes. En outre, on touche un public différent, avec plus de diversité que dans la plupart des formations numériques. Nous avons également une approche critique par rapport au numérique. Aux petits débrouillards, on fait faire un pas de côté aux stagiaires par rapport aux techniques qu’ils.elles. apprennent, on montre en quoi elles peuvent avoir des aspects positifs et négatifs sur la société, l’environnement. Une ouverture grâce à des documentaires, expositions, débats mouvants. On explore ainsi avec elles·eux le lien entre numérique et société.

Quelles sont les spécificités de cette formation par rapport à l’offre existante ?

Pierre-Yves : On est complémentaire d’autres formations, on est une sorte de première étape. O explore un large panel dans le numérique : programmation, découpe-laser, web, code, vidéo… et en fonctiond u profil du stagiaire on va de l’initiation à l’approfondissement des techniques vues. Ce qui nous est permis par le temps long.

Hélène : Concrètement, certain.e.s ne savent pas allumer un ordinateur à leur arrivée. Le type de public, l’absence de pré-requis est vraiment une particularité forte. Et puis, cette formation est le fruit d’un partenariat étonnant, avec d’un côté une association d’éducation populaire et de l’autre une grande école d’ingénieur.e.s. Ça n’est pas fréquent ! Nous, nous apportons notre savoir-faire en termes pédagogiques vis-à-vis de ce public, l’IMT apporte une approche technique mais aussi son crédit, c’est un réel “plus” sur le CV.

A part l’IMT, y-a-t-il d’autres partenaires sur ce projet ?

Hélène : Pôle Emploi est un partenaire important, sur le recrutement notamment, et il suit de près la formation. Il y a aussi les partenaires de l’insertion professionnelle, les missions locales, les acteurs socio-éducatifs. A Brest, on a été aidé par Brest Métropole Habitat pour la diffusion des appels à candidatures dans les halls d’immeubles de leur parc. Ça change la donne quant aux profils des personnes accueillies. Il y a bien sûr la Région Bretagne, sans qui le programme n’existerait pas. C’est un partenaire financier, attentif au projet et son évolution, qui s’intéresse aux aspects qualitatifs.

L’association les petits débrouillards a obtenu la certification Qualiopi, qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Hélène : C’est un cahier des charges mis en place par l’État. Nous avons été audités par une personne qui s’est assuré du respect de ce cahier des charges et qui nous a attribué la certification.

Pierre-Yves : C’est un gage de qualité important pour communiquer avec les partenaires institutionnels. De même, cela a compté pour que certain.e.s stagiaires viennent nous rencontrer.

Quelle est votre approche concernant l’insertion ?

Pierre-Yves : Il est nécessaire de souligner que ne sommes pas là pour faire du travail social à proprement parler, nous sommes là pour faire le relais, avec les métiers compétents. Nous ne sommes ni éducateur.rice.s, ni psychologues. L’avantage de venir du monde de l’éducation populaire, avec un œil d’animateur.rice, de formateur.rice, c’est qu’on a une sorte de « fraîcheur ». On fait des choses avec eux et au fur et à mesure s’instaure une relation de confiance entre l’équipe pédagogique et les stagiaires. Et ça porte ses fruits en termes d’apprentissage mais pas seulement. En effet, certains de nos stagiaires ont une défiance vis-à-vis des institutions. Le lien établi avec nous permet de (re)créer des ponts avec des professionnels, et notamment dans le domaine social et médical.

C’est la troisième édition de Tremplin Numérique, comment évaluez-vous l’efficacité du dispositif ?

Hélène : Nous avons plusieurs types d’indicateurs. Ceux d’ordre quantitatif montrent que la majorité des personnes vont vers une formation qualifiante à l’issue de Tremplin Numérique. Des bilans individuels sont également réalisés, avec des questionnaires à travers lesquels les stagiaires expriment leurs points de vue.

Pierre-Yves : Au-delà des chiffres, sur une dimension plus qualitative, ce qui ressort des retours de nos stagiaires, c’est la reprise de confiance en soi. C’est un point primordial dans la suite de leurs projets.

Quels sont les enjeux actuels et à venir pour Tremplin Numérique ?

Pierre-Yves : Sur le territoire de Rennes, on a été contacté par d’autres acteurs de la formation pour imaginer un parcours “sans couture”, avec des formations qui peuvent s’enchaîner de manière cohérente pour aller vers une qualification et un métier. En interne, on entame une réflexion avec l’IMT afin d’améliorer la prise en compte de la diversité de nos publics dans la formation. On tisse également des liens avec la recherche pour expérimenter et faire avancer nos pratiques pédagogiques.

Hélène : Je dirais de façon plus globale que notre enjeu est de participer à réduire la fracture numérique et d’offrir une seconde, une troisième chance à des personnes qui ont des parcours un peu chaotiques. Pour ce faire, il nous faut asseoir et pérenniser nos actions dans ce champ de la formation et l’insertion professionnelle.

En savoir plus : Tremplin Numérique