Café des Sciences. Regards croisés de femmes lorientaises entrepreneures et scientifiques

A l’occasion de la journée mondiale des droits des femmes 2019, les petits débrouillards ont organisé le jeudi 7 mars à Lorient un café des sciences sur la thématique «Les Femmes Entrepreneures et Scientifiques». Il se tenait à L’Octopus Bar au 8 rue Turenne à Lorient. Trois intervenantes ont répondu à notre invitation et échangé avec le public : Fabienne Faÿ, Bleuenn Moreau et Ariane Pehrson-Lequin.

De gauche à droite : Sandie Brisson la présentatrice du café des sciences, les intervenantes : Fabienne Faÿ, Bleuenn Moreau et Ariane Pehrson-Lequin et Camille Dovèze l’organisatrice de l’événement.

 

C’est Sandie Brisson, référente d’antenne des petits débrouillards, qui a commencé la rencontre en faisant un quizz. La quinzaine de personnes présentes a par exemple appris qu’en France, seulement 30% des entrepreneur.e.s et 28% des chercheurs.euses sont des femmes.

 

Cap sur l’entreprenariat au féminin
La première intervenante, Ariane Pehrson-Lequin est Suédoise. Elle est arrivée en France à 19 ans pour faire du bateau. « L’amour pour la mer, la voile et mon pays, la Suède, ont construit ma profession », déclare-t-elle. En effet, très vite, cette skippeuse passionnée a fait le constat auprès des navigateurs de son entourage du manque de goût et de choix des aliments utilisés par les coureurs lors des compétitions sportives en mer. A 25 ans, elle a créé une première entreprise d’importation de produits suédois. Une première expérience qui n’a pas fonctionné mais qui a permis à Ariane de gagner en expérience et de repartir sur une nouvelle aventure « dès le tribunal de commerce où mon entreprise était en liquidation judiciaire ». Il y a neuf ans, elle a alors créé Lyophilisé & Co, entreprise basée à Lorient et spécialisée dans la vente de repas « outdoor » lyophilisés ou stérilisés. « Lorsque j’ai reçu l’appel pour ma première grosse commande, j’étais en salle d’accouchement et j’ai demandé à mon mari de décrocher », explique Ariane. Une anecdote qui ne manque pas de faire réagir et rire le public présent. Pour elle, il est important d’avoir pu concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale : elle s’organise pour gérer son entreprise, tout en passant du temps avec ses trois filles. Cependant, en vacances, il est difficile pour elle de décrocher vraiment du travail. En neuf ans, l’entreprise d’Ariane n’a cessé de grossir : désormais, elle prépare et livre des produits vers le monde entier. Au cours de ces années, Ariane nous explique qu’elle a appris de ses erreurs et que la clef de la réussite est la remise en question, l’écoute, l’échange, le réseau et les convictions. Dans la salle de l’Octopus Bar, une personne du public demande : « Avez-vous ressenti des différences dues à votre genre dans votre profession ? ». Ariane répond que cela a justement pu l’aider à récolter des fonds pour le développement de son entreprise car les jurys ont moins l’habitude de voir des femmes entrepreneures. Elle précise également qu’il existe aussi des aides financières réservées aux femmes comme les fonds de garantie à l’initiative des femmes dont elle a pu bénéficier. Son entreprise possède actuellement sept salarié.e.s, avec un management très horizontal. Pour cette entrepreneure, il est important que l’entreprise soit transparente envers ses collaborateurs.
Être chercheuse en biotechnologie marine

 

La deuxième intervenante, Fabienne Faÿ, est maître de conférence au laboratoire de biotechnologie et chimie marines (LBCM) à l’Université Bretagne Sud (UBS) de Lorient. Elle a fait ses études de chimie à Paris et son doctorat à l’UBS sur les polymères. Depuis 2006, elle occupe un poste à l’UBS : « La recherche évolue constamment et nous devons nous adapter. Il y a quinze ans, on cherchait à développer des peintures anti-salissures plus respectueuses de l’environnement. Aujourd’hui, il faut qu’elles soient dépourvues de toxicité, explique-t-elle. Pour arriver à ces évolutions, il a fallu travailler sur les propriétés physiques et chimiques. Je fais également davantage de biologie qu’avant afin d’étudier pourquoi les organismes adhèrent aux coques des bateaux. » Comme les autres intervenantes, Fabienne Faÿ est venu au café des sciences avec deux objets représentant son métier : une peinture antifouling et son ordinateur. « Être enseignante-chercheuse, c’est avoir deux métiers en un », précise-t-elle. En effet, Fabienne encadre trois thésards, donne des cours à l’Université et poursuit ses travaux de recherche. « En thèse, il y a beaucoup de pratique au laboratoire. Cela diminue par la suite et laisse place aux recherches de financements. » De plus, Fabienne Faÿ s’est investie dans une formation au Sénégal pour permettre aux étudiant.e.s de Dakar de travailler sur place. Maman de trois enfants avec un mari qui travaille également à temps plein, Fabienne nous explique que « mener à bien sa vie professionnelle et personnelle, c’est faisable mais c’est dense. Elle précise qu’« un des avantages de la recherche, c’est que l’on peut moduler son emploi du temps comme on le souhaite », même si, comme Ariane, Fabienne a du mal à couper avec le travail le week- end.

 

La métallerie : un milieu très masculin

 

La dernière intervenante de ce café des sciences est Bleuenn Moreau. Cette coordinatrice de travaux à la Nouvelle Métallerie de Kerpont a toujours aimé les activités manuelles. Après une seconde en « Sciences de l’ingénieur » et une classe préparatoire en physique technologique, Bleuenn a poursuivi son parcours scolaire dans une école d’ingénieur axée sur la mécanique. « Il y avait très peu de filles dans mes classes durant mon cursus », confie-t-elle au public. Bleuenn Moreau nous explique également que, en tant que jeune femme en début de carrière, il a fallu prouver ses compétences dans un milieu quasi-exclusivement masculin. Depuis six mois, elle travaille à la Nouvelle Métallerie de Kerpont reprise en 2017 par Laëtitia Fermen suite à une liquidation judiciaire. À l’époque, il restait quatre salariés ; il y en a 17 aujourd’hui, dont trois femmes. Bleuenn Moreau souligne que, si elle peut désormais adapter ses horaires pour être présente auprès de ses deux enfants, cela n’a pas toujours été bien vu dans ses précédentes expériences professionnelles, vis-à-vis de sa hiérarchie et de ses collègues notamment.

Le public présent lors du café des sciences à l’Octopus Bar de Lorient le jeudi 7 mars 2019.

Lors de ce café des sciences, les expériences croisées entre les intervenantes et le public ont également mis en exergue certaines difficultés ou obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans les entreprises et la recherche : organisation nécessaire pour concilier la vie professionnelle et la vie familiale ; adaptation professionnelle lors des grossesses ; reconnaissance professionnelle et salariale encore difficile dans certains secteurs. « Dans le secteur privé dans lequel j’ai travaillé, les hommes gagnaient plus que moi. Avec cette rencontre, on voit qu’il y a des secteurs avec des pratiques moins discriminatoires. Ça fait du bien à entendre », conclut Bleuenn Moreau.

Pour aller plus loin sur cette thématique, voici la bibliographie mise à disposition du public pendant le Café des Sciences :

  1. Women in science 50 fearless pioneers who changed the world – Rachel Ignotofsky
  2. Histoires Du Soir Pour Filles Rebelles Tome 1 – 100 Destins De Femmes Extraordinaires – Elena Favilli
  3. 100 Grandes Femmes De L’histoire – Clémentine V. Baron
  4. Ces femmes incroyables qui ont change le monde – Pankhurst Kate
  5. Il Était Une Fois Des Femmes Fabuleuses – Epoux Von Grüt
  6. Girl Power – 50 portraits de femmes extraordinaires – Les sportives
  7. L’histoire des femmes célèbres – Jérôme Maufras
  8. Elles Ont Osé ! – 100 Femmes D’exception À Travers L’histoire – Nathalie Kauffmann-Khelifa
  9. La Plus Belle Histoire des femmes – Nicole Bacharan, Michelle Perrot, Françoise Héritier et Sylviane Agacinsky
  10. Culottées Tome 1 & 2 – Des Femmes Qui Ne Font Que Ce Qu’elles Veulent – Pénélope Bagieu
  11. Histoire du travail des femmes – 3ème édition – Françoise Battagliola
  12. Femmes D’exception – Les Raisons De L’oubli – Yannick Ripa

Pour plus d’informations sur les métiers ou entreprises des intervenantes :

Sur le fonds de garantie à l’initiative des femmes :