Les Petits Débrouillards animent Liorzh Penker, un jardin appartenant à la ville de Quimper, depuis juillet 2025. L’association y développe une proposition qui en fait un lieu de culture scientifique et technique appliquée dans une perspective d’adaptation au changement climatique. Il y est question d’eau, d’aléas climatiques, d’îlots de chaleur, de santé, de culture du risque, d’alimentation, de réappropriation de savoir faire techniques, de cohabitation entre biodiversités sauvage et cultivée, de déchets ou encore d’agriculture urbaine.

Des sciences accessibles en pied d’immeubles

Les Petits débrouillards animent dans la rue depuis de nombreuses années dans Kermoysan. Cela n’a rien d’étonnant, le format Sciences en bas de chez toi a plus de 30 ans ! Le principe est simple, installer un camp d’animation en pied d’immeubles et y proposer des activités de culture scientifique et technique amusantes, gratuitement et sans barrière à l’accès. On y observe, manipule, formule des hypothèses et teste des idées.

La transposition à un jardin pédagogique s’est faite naturellement : comment cultive-t-on de la nourriture ? comment fait-on pousser des plantes ? de quoi ont-elles besoin ? Dans le jardin on ne s’arrête pas au concept. On le met ensuite en œuvre. Et puis on se pose des questions. Par exemple : comment cela se fait-il qu’il fasse plus frais dans le jardin que dans la rue ? Et pour en avoir le cœur net, il convient de réaliser des mesures de température.

Contes scientifiques pour les tout-petits, fabrication de bombes à graines, impressions végétales, observations d’insectes ou relevés de température dans le quartier abordent concrètement des sujets comme la biodiversité ou les aléas climatiques. La méthode est éprouvée, elle consiste à faire le lien entre le concept, souvent abstrait, et l’expérience sensible.

Là où le jardin diffère d’un format Sciences en bas de chez toi classique, c’est dans la pérennité, et le fait que des résultats se construisent dans le temps avec les habitants et habitantes. Les équipes échangent régulièrement avec les familles, les centres de loisirs, les écoles ou la médiathèque pour élaborer ensemble.

Le jardin Liorzh Penker, un laboratoire de l’adaptation

Un questionnaire mené en vis-à-vis dans la rue en 2024 a fait émerger une attente forte des habitants et habitantes de Kermoysan autour d’activités manuelles et de questions environnementales. C’est là que se trouve le point de départ des échanges avec la ville de Quimper qui ont conduit la réouverture de Liorzh Penker sous la forme d’un jardin pédagogique.

Dès le début de l’été 2025, le travail a commencé collectivement : ramassage des déchets et tri des objets abandonnés, remise en service du compost, création de chemins pour préserver les sols et aménagement de parcelles de culture ou laissées en libre évolution.

Le jardin est rapidement devenu un terrain d’expérimentation scientifique et pédagogique. On y observe la flore et les insectes, on réalise des boutures, on récolte des graines ou on construit des aménagements pour la biodiversité (nichoirs, bûches percées, installation d’une vieille souche…). Les participant·es cultivent également des plantes aromatiques, des fruits et des légumes dans des parcelles ouvertes à la culture collective.

Les enfants et les jeunes participent aussi à la transformation du lieu : des collégiens ont par exemple fabriqué une pancarte présentant les règles de vie du jardin ou appris l’usage de la grelinette et de la fouche-bêche pour ameublir les parcelles avant de les pailler. Quant à la haie de Benjes, si ce sont les animatrices et volontaires en service civique Petits débrouillards qui ont planté les piquets, elle a été remplie par l’activité infatigable des petits et tout petits. Les rôles se sont répartis naturellement. Aux grands les sécateurs pour tailler ce que devait l’être (par exemple pour libérer les bancs de l’emprise des kiwis), aux enfants la récolte des branchages et brindilles afin de les emmener dans la haie.

Cette haie a rapidement été colonisée. C’est une chose que de parler de continuités écologiques avec un jeu, c’en est une autre de constater quelques mois plus tard que des crapauds se sont installés. Car oui, les batraciens ne supportent pas l’usage de produits phytosanitaires. Or, qui dit crapauds, dit prédateurs pour les limaces et autres ravageurs du potager, et la nécessité de traiter reflue. Et par un effet domino, on préserve ainsi la qualité de cette eau vouée à manquer de plus en plus au cœur de l’été.

Un projet qui vit toute l’année

La grande force du jardin pédagogique, c’est que le projet ne s’arrête pas avec la fin des vacances.

Face à l’intérêt des habitant·es pour le jardin, les Petits Débrouillards ont choisi de maintenir son ouverture chaque mercredi à partir de septembre 2025. C’est ainsi qu’au fil des mois le lieu s’est transformé. Doucement mais sûrement, par la force du collectif et des gestes répétés, les résultats apparaissent. Parfois cela rate, oui, c’est vrai. Les graffitis en mousse n’ont que très peu pris et la levée tant attendue des semis d’espèces mellifères se fait encore attendre. Mais souvent cela réussit ! Et là c’est alors une immense satisfaction qui donne envie de revenir, de persister et d’aller plus loin.

Cette ouverture régulière permet également de faire vivre le projet avec les partenaires du quartier : centres de loisirs, structures médico-sociales, collégiens ou associations locales viennent participer aux activités ou développer leurs propres projets dans le jardin.

Un outil d’implication dans les transitions écologiques

Au total, plus de 500 participations ont été recensées sur 6 mois en 2025, très majoritairement des habitant·es du quartier. Au fil du temps, le lieu devient un véritable espace partagé : certain·es viennent participer aux ateliers scientifiques, d’autres déposent leurs biodéchets dans le compost, apprennent le maniement des outils ou contribuent à l’entretien du jardin. En invitant les habitant·es à expérimenter, à observer leur environnement et à imaginer ensemble le devenir du lieu, les Petits Débrouillards montrent que la culture scientifique et technique est une voie d’accès aux transitions écologiques.